A coaching session with Abbé Faria

Here’s a passage from the Count of Monte Cristo – in French. I came across it and thought to be an eloquent example of a coaching session. Abbé Faria reads between the lines of the story of Edmond Dantès and succeeds to unravel the truth of his imprisonment.

—Voyons, dit l’abbé en refermant sa cachette et en repoussant son lit à sa place, racontez-moi donc votre histoire.»

Dantès alors raconta ce qu’il appelait son histoire, et qui se bornait à un voyage dans l’Inde et à deux où trois voyages dans le Levant; enfin, il en arriva à sa dernière traversée, à la mort du capitaine Leclère au paquet remis par lui pour le grand maréchal, à l’entrevue du grand maréchal, à la lettre remise par lui et adressée à un M. Noirtier; enfin à son arrivée à Marseille, à son entrevue avec son père, à ses amours avec Mercédès, au repas de ses fiançailles, à son arrestation, à son interrogatoire, à sa prison provisoire au palais de justice, enfin à sa prison définitive au château d’If. Arrivé là, Dantès ne savait plus rien, pas même le temps qu’il y était resté prisonnier.

Le récit achevé, l’abbé réfléchit profondément.

«Il y a, dit-il au bout d’un instant, un axiome de droit d’une grande profondeur, et qui en revient à ce que je vous disais tout à l’heure, c’est qu’à moins que la pensée mauvaise ne naisse avec une organisation faussée, la nature humaine répugne au crime. Cependant, la civilisation nous a donné des besoins, des vices, des appétits factices qui ont parfois l’influence de nous faire étouffer nos bons instincts et qui nous conduisent au mal. De là cette maxime: Si vous voulez découvrir le coupable, cherchez d’abord celui à qui le crime commis peut être utile! À qui votre disparition pouvait-elle être utile?

—À personne, mon Dieu! j’étais si peu de chose.

—Ne répondez pas ainsi, car la réponse manque à la fois de logique et de philosophie; tout est relatif, mon cher ami, depuis le roi qui gêne son futur successeur, jusqu’à l’employé qui gêne le surnuméraire: si le roi meurt, le successeur hérite une couronne; si l’employé meurt, le surnuméraire hérite douze cents livres d’appointements. Ces douze cents livres d’appointements, c’est sa liste civile à lui; ils lui sont aussi nécessaires pour vivre que les douze millions d’un roi. Chaque individu, depuis le plus bas jusqu’au plus haut degré de l’échelle sociale, groupe autour de lui tout un petit monde d’intérêts, ayant ses tourbillons et ses atomes crochus, comme les mondes de Descartes. Seulement, ces mondes vont toujours s’élargissant à mesure qu’ils montent. C’est une spirale renversée et qui se tient sur la pointe par un jeu d’équilibre. Revenons-en donc à votre monde à vous. Vous alliez être nommé capitaine du Pharaon?

—Oui.

—Vous alliez épouser une belle jeune fille?

—Oui.

—Quelqu’un avait-il intérêt à ce que vous ne devinssiez pas capitaine du Pharaon? Quelqu’un avait-il intérêt à ce que vous n’épousassiez pas Mercédès? Répondez d’abord à la première question, l’ordre est la clef de tous les problèmes. Quelqu’un avait-il intérêt à ce que vous ne devinssiez pas capitaine du Pharaon?

—Non; j’étais fort aimé à bord. Si les matelots avaient pu élire un chef, je suis sûr qu’ils m’eussent élu. Un seul homme avait quelque motif de m’en vouloir: j’avais eu, quelque temps auparavant, une querelle avec lui, et je lui avais proposé un duel qu’il avait refusé.

—Allons donc? Cet homme, comment se nomma-t-il?

—Danglars.

—Qu’était-il à bord?

—Agent comptable.

—Si vous fussiez devenu capitaine, l’eussiez-vous conservé dans son poste?

—Non, si la chose eût dépendu de moi, car j’avais cru remarquer quelques infidélités dans ses comptes.

—Bien. Maintenant quelqu’un a-t-il assisté à votre dernier entretien avec le capitaine Leclère?

—Non, nous étions seuls.

—Quelqu’un a-t-il pu entendre votre conversation?

—Oui, car la porte était ouverte; et même… attendez… oui, oui Danglars est passé juste au moment où le capitaine Leclère me remettait le paquet destiné au grand maréchal.

—Bon, fit l’abbé, nous sommes sur la voie. Avez-vous amené quelqu’un avec vous à terre quand vous avez relâché à l’île d’Elbe?

—Personne.

—On vous a remis une lettre?

—Oui, le grand maréchal.

—Cette lettre, qu’en avez-vous fait?

—Je l’ai mise dans mon portefeuille.

—Vous aviez donc votre portefeuille sur vous? Comment un portefeuille devant contenir une lettre officielle pouvait-il tenir dans la poche d’un marin?

—Vous avez raison, mon portefeuille était à bord.

—Ce n’est donc qu’à bord que vous avez enfermé la lettre dans le portefeuille?

—Oui.

—De Porto-Ferrajo à bord qu’avez-vous fait de cette lettre?

—Je l’ai tenue à la main.

—Quand vous êtes remonté sur le Pharaon, chacun a donc pu voir que vous teniez une lettre?

—Oui.

—Danglars comme les autres?

—Danglars comme les autres.

—Maintenant, écoutez bien; réunissez tous vos souvenirs: vous rappelez-vous dans quels termes était rédigée la dénonciation?

—Oh! oui, je l’ai relue trois fois, et chaque parole en est restée dans ma mémoire.

—Répétez-la-moi.»

Dantès se recueillit un instant.

«La voici, dit-il, textuellement:

»M. le procureur du roi est prévenu par un ami du trône et de la religion que le nommé Edmond Dantès, second du navire le Pharaon, arrivé ce matin de Smyrne, après avoir touché à Naples et à Porto-Ferrajo, a été chargé par Murat d’un paquet pour l’usurpateur, et par l’usurpateur d’une lettre pour le comité bonapartiste de Paris.

»On aura la preuve de son crime en l’arrêtant, car on retrouvera cette lettre sur lui, ou chez son père, ou dans sa cabine à bord du Pharaon.»

L’abbé haussa les épaules.

«C’est clair comme le jour, dit-il, il faut que vous ayez eu le cœur bien naïf et bien bon pour n’avoir pas deviné la chose tout d’abord.

—Vous croyez? s’écria Dantès. Ah! ce serait bien infâme!

—Quelle était l’écriture ordinaire de Danglars?

—Une belle cursive.

—Quelle était l’écriture de la lettre anonyme.

—Une écriture renversée.»

L’abbé sourit.

«Contrefaite, n’est-ce pas?

—Bien hardie pour être contrefaite.

—Attendez», dit-il.

Il prit sa plume, ou plutôt ce qu’il appelait ainsi, la trempa dans l’encre et écrivit de la main gauche, sur un linge préparé à cet effet, les deux ou trois premières lignes de la dénonciation.

Dantès recula et regarda presque avec terreur l’abbé.

«Oh! c’est étonnant, s’écria-t-il, comme cette écriture ressemblait à celle-ci.

—C’est que la dénonciation avait été écrite de la main gauche. J’ai observé une chose, continua l’abbé.

—Laquelle?

—C’est que toutes les écritures tracées de la main droite sont variées, c’est que toutes les écritures tracées de la main gauche se ressemblent.

—Vous avez donc tout vu, tout observé?

—Continuons.

—Oh! oui, oui.

—Passons à la seconde question.

—J’écoute.

—Quelqu’un avait il intérêt à ce que vous n’épousassiez pas Mercédès?

—Oui! un jeune homme qui l’aimait.

—Son nom?

—Fernand.

—C’est un nom espagnol?

—Il était Catalan.

—Croyez-vous que celui-ci était capable d’écrire la lettre?

—Non! celui-ci m’eût donné un coup de couteau. Voilà tout.

—Oui, c’est dans la nature espagnole: un assassinat, oui, une lâcheté, non.

—D’ailleurs, continua Dantès, il ignorait tous les détails consignés dans la dénonciation.

—Vous ne les aviez donnés à personne? Pas même à votre maîtresse?

—Pas même à ma fiancée.

—C’est Danglars.

—Oh! maintenant j’en suis sûr.

—Attendez…. Danglars connaissait-il Fernand?

—Non… si…. Je me rappelle….

—Quoi?

—La surveille de mon mariage je les ai vu attablés ensemble sous la tonnelle du père Pamphile. Danglars était amical et railleur, Fernand était pâle et troublé.

—Ils étaient seuls?

—Non, ils avaient avec eux un troisième compagnon, bien connu de moi, qui sans doute leur avait fait faire connaissance, un tailleur nommé Caderousse; mais celui-ci était déjà ivre. Attendez… attendez…. Comment ne me suis-je pas rappelé cela? Près de la table où ils buvaient étaient un encrier, du papier, des plumes. (Dantès porta la main à son front). Oh! les infâmes! les infâmes!

—Voulez-vous encore savoir autre chose? dit l’abbé en riant.

—Oui, oui, puisque vous approfondissez, tout, puisque vous voyez clair en toutes choses, je veux savoir pourquoi je n’ai été interrogé qu’une fois, pourquoi on ne m’a pas donné des juges, et comment je suis condamné sans arrêt.

—Oh! ceci dit l’abbé, c’est un peu plus grave; la justice a des allures sombres et mystérieuses qu’il est difficile de pénétrer. Ce que nous avons fait jusqu’ici pour vos deux amis était un jeu d’enfant; il va falloir, sur ce sujet, me donner les indications les plus précises.

—Voyons, interrogez-moi, car en vérité vous voyez plus clair dans ma vie que moi-même.

Alexandre Dumas pèreLe comte de Monte-Cristo – Tome I

One comment

  1. […] This passage is too good, so here is the English version of Abbé Faria coaching Edmond Dantès. […]

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